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La loi LRU est une calamité pour l'enseignement supérieur public. Je soutiens le mouvement qui demande son abrogation, ainsi que les collectifs Sauvons la recherche et Sauvons l'Université.

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vendredi 4 janvier 2008

Dédicace des Trois soleils de Sermelarande à Saint Sulpice

12 janvier 2008, 15h17h30Dédicace des Trois soleils de Sermelarande– à la Librairie du Grand Rond, Saint Sulpice (81370)

Je dédicacerai Les trois soleils de Sermelarande le samedi 12 janvier à la Librairie du Grand Rond, à Saint Sulpice (Tarn, 30km de Toulouse en direction d'Albi).

Venez nombreux !

dimanche 11 novembre 2007

Les trois soleils de Sermelarande

Couverture des trois soleils de Sermelarande Ça y est ! Mon premier roman de science-fiction est disponible en librairie.

Les trois soleils de Sermelarande, c'est l'histoire de Mina, jeune orpheline au cœur de Sermelarande, l'immense mégalopole d'une lointaine planète aux trois soleils. Mégalopole au sein de laquelle Mina va découvrir qu'en savoir plus sur son passé n'est pas forcément sans conséquence pour l'avenir... Là où la vie est régie par un oppressant régime sécuritaire, l'information coûte chère. Et quand une terrible menace pèse sur la planète, l'information devient capitale.

Les trois soleils de Sermelarande, c'est un projet commencé il y a plusieurs années, et qui voit enfin le jour. Une première œuvre, mais certainement pas la dernière !

Les trois soleils de Sermelarande n'attendent que vous pour prendre vie ! Vous pouvez vous procurer le livre dans n'importe quelle librairie, ou le commander sur internet (voir la liste des sites le proposant).

Bonne lecture !

mercredi 4 avril 2007

Illusions - Quinzième et dernière partie

Enfin l'autre policier redescend. Seul. Il fait signe à son coéquipier.

« Je l'emmène en haut. Tu peux y aller. »

Je me lève, et me dirige vers mon sac.

« Laisse-le là. Tu le prendra en ressortant. »

J'obéis. Je gravis un escalier de béton. Nous marchons dans des couloirs gris, éclairés par des néons cliquetants. Nous entrons dans un bureau.

« Bonjour, mademoiselle. Veuillez vous asseoir » me demande l'homme installé derrière le bureau.

Je m'assieds. Le policier qui m'a emmené reste debout, derrière moi.

« Avant tout, veuillez nous excuser, mais il me faut faire un test d'alcoolémie et de stupéfiants. Votre bras... »

J'obéis machinalement : je lui tends mon bras, remonte ma manche. Il y applique rapidement une sorte de patch avec des micro-aiguille. Surprise par les piqûres, je retire mon bras.

« C'est fait, ne vous inquiétez pas. »

Il range son test dans une enveloppe qu'il glisse derrière son ordinateur, hors de ma vue.

« Nous pouvons commencer. Votre nom, s'il vous plaît ? »

Il note sur son ordinateur les renseignements que je lui donne. Le bureau est assez miteux, à l'image de la ville. Par la fenêtre, à travers les barreaux, on entrevoit les illuminations de Noël.

« Bien, reprend-t-il. Venons en aux faits. D'après la déposition de mon collègue, vous avez été retrouvée non loin d'une émeute illégale. Mon collègue signale que vous proveniez de la direction de cette émeute. Niez-vous les faits ?

— Je n'ai pas fait partie de cette émeute. Mon ami et moi allions vers la gare, à pied. Nous avons croisé cette émeute. Nous nous sommes cachés, et dès qu'elle fut passée, nous avons continué, jusqu'à que l'on nous trouve. Donc nous venions de la direction de l'émeute. Mais nous n'avons rien à voir avec. D'ailleurs, j'étais avec mon sac. Vous pouvez le voir, il est en bas. Je n'irai jamais dans une émeute avec un sac pareil !

— Bon. Vous alliez vers la gare, n'est-ce pas ?

— Oui...

— Et vous vouliez prendre quel train ?

— Je... je ne sais pas. Nous n'avions rien prévu... Nous allions à la gare, on avait décidé d'aviser sur place, en fonction des trains... Nous n'avions pas vraiment planifié notre voyage...

— Vous aviez au moins une destination. Où vouliez-vous aller ? »

Le piège... qu'est ce que Pierre a bien pu leur dire ?

« Je ne sais pas trop. À vrai dire, nous sommes en vacances. Nous avons plusieurs amis à aller voir, ça dépendait des trains... Nous n'avions pas encore parlé de ça ensemble.

— Vous vous y prenez vraiment au dernier moment ! Bon, reprend-t-il, à cause de cette émeute, on a du travail, donc je vais vous laisser. Par contre, vous ne m'avez pas donné d'adresse. Je vais être obligé d'avertir les services sociaux. À moins que vous ne logiez chez quelqu'un de votre connaissance, votre ami peut-être ? »

Ouf... heureusement que je n'ai pas eu à inventer une adresse... Ils ont probablement les moyens de vérifier en temps réel, et je n'allais pas embêter des amis...

« Oui, c'est cela, depuis peu, alors je ne connais pas trop l'adresse...

— Mouais... je reprendrai celle de sa déclaration » conclut le policier, visiblement pressé d'en finir.

Il rassemble ses papiers, en imprime d'autres, sort une chemise cartonnée d'un tiroir, et commence à tout ranger. Il récupère le test d'alcoolémie, le consulte brièvement, et le joint au dossier.

Il tend celui-ci au policier resté derrière moi.

« Emmène mademoiselle au service des PIPN. »

Nous ressortons. Je n'ose pas prendre la parole et demander ce qu'est le « service des PIPN ». Nous traversons à nouveau des couloirs sombres, des bâtiments décrépis. Les noms sur les portes sont effacés, les moquettes sont élimées.

Le policier ouvre une porte. « Venez ! » Il reste à l'extérieur et referme la porte sur moi.

Je suis dans une pièce cubique, grise du sol au plafond, sans aucun mobilier. Deux portes, l'une en face de l'autre. Je ne sais pas trop quoi faire. Suis-je là pour attendre ? Il n'y a pas de chaises. Je m'appuie contre un mur. Et puis au bout d'un moment, je sens. C'est la même odeur que dans le train. Je me suis fait piégée ! Il doit y avoir un dispositif de neutralisation. Je ne dois plus pouvoir faire d'illusion. Je me retiens de vérifier, au cas où ils seraient capables de tester ce que je fais, et que ça leur donnerai la confirmation que je suis bien une aléatrice.

La porte en face de celle par laquelle je suis entrée s'ouvre. Un homme en blouse blanche me fait signe. « Suivez-moi. » Nous parcourons un couloir, et débouchons dans une pièce. « Asseyez-vous. » Je m'assoie sur la chaise en face de moi. Devant, un bureau, et un homme, plutôt jeune, chemise blanche et cravate noire, pianotant sur son ordinateur. En entrant, j'ai entrevu furtivement deux personnes assises derrière moi. L'homme en blouse blanche s'est assis sur une autre chaise, dans un coin, plus loin. La pièce n'a rien à voir avec le reste du bâtiment. Ici, le revêtement aux murs n'a aucune trace, les néons ne clignotent pas, et tous marchent. C'est visiblement du neuf, mais ce n'est pas pour autant plus esthétique.

L'homme devant moi lève les yeux de son ordinateur, et me regarde. « Bonjour, mademoiselle Julian Nielson. Savez-vous pourquoi vous êtes ici ?

— Parce que l'on m'a arrêtée par erreur à cause de l'émeute, j'hésite.

— Parce qu'un test génétique à montré que vous étiez une personne à influence psychique négative, et qu'en plus vous correspondez au signalement d'une telle personne déposé récemment ici. »

Je ne réponds rien, hébétée. Je m'en doutais un peu, mais je ne voulais pas trop y croire. Le test d'alcoolémie. Ils avaient dû l'utiliser pour détecter si j'étais une aléatrice. Et maintenant ?

« ...ce qui est contraire à la loi. Pour commencer votre dossier, nous allons maintenant établir la liste des actes illégaux que vous avez commis. Je vais vous citer divers éléments, et vous allez me répondre par oui ou non. Vous pourrez ajouter des compléments en fin de liste. Vols ?

— Pardon ?

— Mademoiselle, je vous demande si vous avez utilisé votre... votre influence pour commettre des vols, quel qu'il soient. »

Et en plus il est sérieux quand il pose cette question ! Je le regarde. J'ai presque envie de rire, mais l'ambiance glaciale de la situation m'en empêche. « Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous répondre oui ?

— Je coche non, donc. Faux et usage de faux ? »

Je regarde l'homme en blouse blanche, impassible, puis de nouveau l'homme en face de moi.

« Cochez non à toutes les réponses, je lui réponds. Je ne vois pas de quoi vous parlez, et je n'ai rien à me reprocher. J'ai un train à prendre, et j'aimerai me rendre le plus vite possible à la gare. »

L'homme acquiesce, coche toutes les réponses, note un commentaire, signe en bas de la feuille, la tourne.

« Bien. Comme je vous l'ai dit, la loi présume coupable de tous ces faits n'importe quelle personne à influence psychique négative, et tout aveu pourrait vous offrir plus de clémence devant les tribunaux. Nous allons procéder à la deuxième partie de cet interrogatoire. Monsieur Ressart, je vous prie... »

L'homme en blouse blanche se lève. Il saisit une mallette derrière le bureau, la pose, l'ouvre, et prend une sorte de patch, plutôt semblable à celui du contrôle d'alcoolémie de tout à l'heure.

« Que voulez-vous faire ? je m'inquiète.

— Tendez votre bras, s'il vous plaît, répond-t-il.

— Que voulez-vous faire ? Ne vous approchez pas de moi !

— Nous allons vous anesthésier afin de procéder à un examen complémentaire. Après passage au laboratoire, dans deux jours nous saurons si vous devez être incarcérée. En attendant, vous serez maintenue en garde à vue dans une cellule médicale. Tendez votre bras ! »

Au moment où je tente de me lever, il me saisit le bras, me remonte la manche, et s'apprête à m'appliquer son patch. Instinctivement, je crée un mur d'illusion invisible sur lequel sa main s'appuie sans pouvoir aller plus loin. Stupéfaite, je me souviens que mes illusions ne devaient pas fonctionner ici. L'homme en blouse semble aussi étonné que moi. Le premier à reprendre ses esprits est l'homme derrière le bureau. « Je crois que nous nous passerons d'expertise médicale, nous pourrons témoigner des faits. Trenatovitch, Nicolson, saisissez-vous d'elle ! »

J'entends des mouvements derrière moi. Je repousse d'un mur d'illusion l'homme en blouse que j'enferme contre le mur. Derrière moi, deux policiers en uniforme s'avancent, hésitants. Je reconnais parmi eux Cécilia. Je comprends : ce doivent être les deux aléateurs chargés de détecter mes actions... et éventuellement de m'attraper.

Je crée une sorte de cage d'illusion invisible autour de l'homme derrière le bureau, qui se rend rapidement compte de ce qui lui arrive, et commence à taper mes murs dans tous les sens, autour de lui. Je fabrique des doubles de moi-même et des deux aléateurs, et nous fait disparaître. Aux yeux des deux non-aléateurs, les deux policiers se jettent sur moi et tentent de m'immobiliser.

En vérité... ils se sont tous deux arrêtés, stupéfaits par mon illusion.

« Vous pouvez m'arrêter, je leur dit de façon à n'être entendue que par eux, mais vous ne pouvez m'empêcher de faire des illusions. Si vous tentez de m'ennuyer, il se pourrait que vos doubles aident le mien à sortir... je ne suis pas sûre que ça serait bon pour votre carrière. Et je vous mets au défit de créer une illusion plus réaliste que la mienne. »

Cécilia ne répond pas, mais son collègue fronce les sourcils : « Vous ne pourrez pas aller loin. Personne ne s'est jamais échappé d'ici, ajoute-t-il d'un ton résigné.

— Alors je serai la première. Soit vous venez avec moi, soit je m'arrangerai pour vous trouver une excuse à mon évasion... mais ça ne sera pas forcément sans conséquences. »

Cécilia semble réfléchir, mais son coéquipier semble plutôt se concentrer. Je le vois construire une illusion avec difficulté, peut-être à cause des dispositifs de brouillage. En attendant le résultat, je place par-dessus une illusion de décors pour masquer son travail. Il tente d'écrire un message dans l'air.

« Vous n'y arriverez pas, je lance. Avez-vous toujours autant de difficultés ? Vous devez être un piètre aléateur. »

Il ne sait même pas construire dans sa tête une illusion, pour la faire apparaître instantanément. Du travail de débutant. Mais quand bien même je peux faire durer l'illusion des doubles qui se battent encore quelques temps après être sortie, je ne pourrai plus surveiller ses actes. Et ça m'ennuie.

Il ne me répond pas, toujours concentré.

« Herman, ça sert à rien » lance Cécilia à son collègue. Je fais bien attention à masquer sa voix aux non-aléateurs. Elle se tourne vers moi : « Les dispositifs de brouillage nous empêchent de faire facilement des illusions... ce qui ne semble pas être votre cas. Je pars avec vous. »

Les doubles d'illusion se battent. Le pauvre double de Herman se prend un coup de la part de mon double, et tombe à terre.

« Vous feriez mieux de prendre cette position, je lance au policier. Sinon, vos supérieurs pourraient avoir l'impression d'être trahis lorsque mon illusion disparaîtra... Par où est la sortie, Cécilia ? »

Mon double se jette sur la porte désignée, parvient à l'ouvrir. Le double de Cécilia se précipite à sa poursuite.

Je vais ouvrir la porte, de la même façon que dans l'illusion. Dans le couloir, j'ai fait disparaître nos doubles.

« Venez, Cécilia. Nous sommes invisibles pour les personnes, mais pas pour les caméras de surveillance. Dépêchons-nous. »

Je la suis dans le dédale des couloirs, au pas de course. De temps en temps, nous croisons des gens, sans qu'ils ne nous remarquent. Mon illusion dans le bureau de l'interrogatoire doit être levée. Herman doit être à notre recherche. Une alarme se déclenche.

Je ne parle pas de mon sac à Cécilia, il peut bien rester ici. Par contre, je m'inquiète de Pierre. Est-il encore dans le bâtiment ? Je lui pose la question, elle n'en sait rien. Nous courrons dans les couloirs.

« Avez-vous une voiture ? me demande-t-elle. Non ? Nous prendrons la mienne. »

Nous descendons au sous-sol, et arrivons dans le parking souterrain. Elle ouvre son véhicule, s'y engouffre.

« Merde ! s'exclame-t-elle avant de démarrer. Lors d'une alerte interne, la barrière du parking ne peut s'ouvrir que si on a des badges de haute importance... Le mien ne passera pas !

— Défoncez la barrière, je suggère.

— Je vais abîmer la voiture, et...

— Ça a encore de l'importance ? Pour ce que ça vaut, je peux faire une illusion de barrière intacte, et essayer de masquer la voiture. Ouvrez les fenêtres. »

Nous nous dirigeons vers la sortie. Cécilia semble sur le point de paniquer, mais elle arrive à garder la tête froide. Sa formation à la police, peut-être. Elle accélère violemment. La barrière blanche et rouge se brise sur le capot de la voiture dans un grand fracas, que je tente de masquer au possible. Dans tout les cas, ça ne passera pas inaperçu : une caméra de surveillance est pointée sur l'entrée.

Nous débouchons sur la rue devant le commissariat.

« Je vais où ? me lance Cécilia, pressé de fuir.

— Attendez, passez devant le commissariat, par là. Roulez doucement ! Je nous masque. »

En face de l'entrée, je reconnais une silhouette, les mains dans les poches et le menton dans le col de son manteau, qui attend. Nous nous en approchons. Pour lui, je lève l'illusion. Pierre sursaute, surpris, et comprend. Il se précipite, et monte dans la voiture. Nous repartons.

« Où allons-nous ?

— Nous quittons la ville. »

Peu de temps après, nous entendons des sirènes. Est-ce pour nous, ou pour l'émeute ? Nous sortons de la ville. J'arrête de masquer la voiture, trop dangereux, et me contente de donner l'impression que le capot est intact. De toute façon, je commence à fatiguer : maintenir ces illusions alors que je ne m'y étais pas préparée est une épreuve, même pour moi.

Nous roulons en campagne. Le jour ne va pas tarder à se lever. Mais un feu brûle au loin, sur l'horizon.

Florian Birée

Nouvelle écrite entre septembre 2006 et mars 2007.

Merci à ceux qui racontent le monde, notamment :

© 2006, Florian Birée. Tous droits réservés.

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lundi 2 avril 2007

Illusions - Quatorzième partie

Nous approchons de la place du centre-ville. Un panneau publicitaire alterne réclame pour téléviseur de toute dernière technologie, et photo d'un candidat, sous-titré par un slogan électoral. Plus loin, un jeune-cadre-dynamique pleure de joie à la vue d'un papier, sous-titre « avec notre parti et la banque machin, votez bien pour gagner plus ». Un carton sur un clochard, de l'autre côté de la rue. Au dessus, une affiche entourée de néons clame combien parfums et bijoux sont indispensables. Devant la mairie, les « informations municipales » montrent la photo du maire, avec, entre guillemets, « Je soutiens Untel ».

Du bruit dans une rue transversale. Un chat gris sort en courant. Il va se réfugier sous une voiture. Des cris. Des slogans. Nous nous approchons doucement. C'est une sorte de manifestation.

Dans les bâtiments alentours, les lumières s'allument, des volets s'ouvrent. Une dame sort sur son balcon, commence à crier et à faire de grands gestes vers le défilé, visiblement énervée d'avoir été réveillée. Un œuf vole et vient s'écraser à côté d'elle sur la fenêtre. D'autres tirs suivent, plus ou moins réussis. Apeurée, la dame referme à temps sa fenêtre pour qu'un œuf s'y écrase, à l'endroit même où était sa tête.

Nous reculons, et allons nous asseoir dans l'ombre, en bas de l'escalier qui monte à l'hôtel de ville. On entend brièvement une sirène de police dans le lointain. Pour nous ou pour eux ?

La manifestation sort sur la place. Elle entonne une sorte de chant.

« ...ceux qui foutent rien : dehors !

Et tous les enculés : dehors !

Et tous les étrangers : dehors !

Bientôt on s'ra tous chez nous,

Bientôt on... »

Deux partent en avant, sautent sur la voiture où le chat s'était réfugié, et éclatent le pare-brise. Ils sont ovationnés par la foule. Celle-ci tape sur les portes et les fenêtres des bâtiments alentours. Des projectiles fusent.

Nous restons dans notre recoin, sans rien dire, espérant qu'ils ne nous remarqueront pas – ils n'ont pas l'air véritablement sympathique. Ce sont des jeunes, mais aussi des plus âgés, certains armés de bates de base-ball, d'autres d'œufs, de pavés pris sur les trottoirs. Les poubelles et les bancs publics sont arrachés et jetés sur la place.

D'autres sirènes retentissent. Les riverains doivent harceler le commissariat. Une voiture de police arrive sur la place, tous feux éteints. Dès que les premiers casseurs la remarque, ils commencent à la bombarder de projectiles. Elle repart vivement en marche arrière. D'autres sirènes retentissent.

Le cortège passe, laissant la rue et la place dans un état pire encore qu'avant leur passage. Le mobilier urbain est délabré, les bancs retournés, des décorations de Noël sont tordues par des jets de pavés. Seuls demeurent les pancartes publicitaires, à peine éraflées, qui entourent de néons les multiples avantages de la nouvelle offre de téléphonie, écrits en langage SMS, ou une bouteille de whisky – l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

Les derniers casseurs sortis de la place, les fenêtres s'ouvrent, les gens sortent sur les balcons, timidement d'abord, pour constater les dégâts. D'un balcon à l'autre, cheveux en bataille et robe de chambre sur pyjama, on s'interpelle, on s'énerve, on crie. Une voiture de police arrive, suivant le même chemin que la manifestation, roulant doucement. Les citadins la couvrent d'un chapelet d'injures. Non loin de nous, deux personnes s'échangent d'un côté à l'autre de la rue des banalités sur les impôts, la sécurité, les flics payés à rien faire, d'un ton à la fois ensommeillé et virulent.

Nous nous regardons. Pas question de trainer, il faut repartir. Nous sortons de notre coin, marchons d'un pas pressé pour rejoindre une rue transversale. Certains des habitants nous jettent un regard mauvais avant de refermer leur fenêtre. Nous nous éloignons des ravages des casseurs.

Une voiture tourne et s'engage rapidement dans notre rue. Une voiture de police, feux éteints. Je sursaute, et jette un regard à Pierre. Il me prend le bras. « Calme-toi. »

Nous continuons à marcher. La voiture freine brusquement à notre hauteur. « Arrêtez-vous ! »

Deux policiers sortent rapidement, arme au point.

« Nous n'avons rien à voir avec les casseurs, commence rapidement Pierre. Nous nous sommes cachés quand ils sont passés. Ils sont partis par là-bas. »

Les policiers ne jettent même pas un œil dans la direction indiquée.

« Que faites-vous ici à cette heure ? demande l'un d'eux.

— Nous allons prendre le train, répond Pierre. Nous revenons de chez des amis. »

Il désigne mon gros sac. L'un des policiers baisse son arme.

« Bon... Alors on va...

— Non non, on vous embarque, rétorque l'autre. Allez, montez. Pas d'histoire, hein ! On a des ordres. Montez ! »

Il ouvre la portière. Pierre m'interroge du regard. Le policier n'a pas vraiment l'air de rigoler, et son collègue ne sait pas trop quoi dire. Je prends mon sac et monte dans le véhicule, Pierre à ma suite. On claque la porte.

Les policiers commencent à discuter dehors. Il y a une vitre ouverte, et nous entendons tout.

« Pourquoi tu veux les embarquer ? Ils n'ont rien fait, ça se voit !

— Attends... T'as vraiment l'intention de risquer ta peau à chercher des cons qui n'attendent que ça ? lui répond son collègue. On va embarquer ces deux-là, ils vont être interrogés au poste, on va les relâcher, et nous on va être pénard pour la soirée.

— Mouais... c'est toi le chef » lâche l'autre, baissant les bras.

Ils remontent dans la voiture et redémarrent le véhicule.

Pendant le trajet, seule la radio brise le silence en crachotant des ordres et des informations. Nous croisons des voitures et des fourgons de police allant en sens inverse. Un peu plus loin, des cars de CRS venus en renforts. La voiture arrive devant une barrière qui s'ouvre doucement. Nous descendons dans un parking souterrain. La voiture se gare, les policiers nous font sortir, puis monter par un escalier en béton jusque dans une salle où plusieurs bureaux se partagent un bazar de dossiers. Trois personnes s'affairent sur des ordinateurs.

Le policier qui a tenu à nous emmener nous fait signe de nous asseoir sur des chaises qui traînent dans un coin.

« Vous restez sages, d'accord ? Sinon on vous fait enfermer. »

Il ouvre une porte attenante, et entre dans ce qui semble être un bureau à travers la cloison en verre brouillé. Son collègue reste à nous surveiller. Mon sac est poussé quelques mètres plus loin. « La procédure. »

Le premier policier ressort peu après, et fait signe à Pierre de se lever et de le suivre. Ils s'en vont vers un escalier, plus loin. Pierre me jette un regard, avec un sourire un peu forcé, avant de monter.

Je reste assise. Le policier qui me surveille s'est assis un peu plus loin, avec un journal, et m'observe de temps en temps. Il échange quelques marmonnements avec ses collègues, à propos de l'émeute. Mais ceux-ci sont visiblement très occupés : ils répondent au téléphone, se lèvent, vont chercher des dossiers, prennent des notes, tapotent sur leurs ordinateurs, appellent d'autres services au téléphone, en utilisant le jargon de leur métier. Le temps avance doucement.

Je songe un moment à créer une illusion, et à m'en aller. Depuis le temps que je suis dans la pièce, ils doivent tous être réceptifs. Y a-t-il des contrôles ? Je pense que ceux qui traquent les aléateurs doivent former un service à part, probablement différent que celui-ci, qui semble s'occuper uniquement de l'émeute. Et les aléateurs doivent tous être rattachés à ce service... Je songe qu'il y a peu de chance qu'il y ait un autre aléateur dans la pièce.

Tout en faisant semblant de somnoler, j'imagine une illusion pour tester mon influence : je fais voler un oiseau à l'extérieur, et le fait violemment cogner la fenêtre. Au bruit, tous se retournent. Un homme lâche « Oh le con ! » avec un sourire au lèvres. Un instant plus tard, tous sont replongés dans leurs affaires. Aucun ne s'est tourné vers moi. Je suppose que c'est bon.

Alors... j'essaye de partir ? Je pourrai difficilement continuer à faire croire que je suis là longtemps après être sortie. Suffisamment pour sortir du bâtiment, mais il y a Pierre... Je ne peux pas le laisser, et encore moins aller le chercher : l'alerte serait probablement donnée avant même que je l'ai retrouvé. Que faire ?

Peut-être qu'après l'avoir interrogé, il va revenir, et ils ne vont pas s'occuper de moi tout de suite. Peut-être qu'après nous avoir interrogés tous deux, ils vont nous laisser un moment. Mais je ne vais pas abandonner Pierre. Tant que je ne sais pas ce qui lui est arrivé, je décide de ne rien faire.

Le temps passe. Doucement. Mon gardien s'est levé, est allé faire un tour aux fenêtres, s'est rassis. Des gens sont passés dans la pièce, entrés par une porte, sortis par une autre. On entend au loin des sirènes, par intermittence.

© 2006, Florian Birée. Tous droits réservés.

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dimanche 1 avril 2007

Illusions - Treizième partie

Je n'ai pas dormi la nuit dernière. J'ai passé tout mon temps à ruminer cette officialisation de la chasse aux sorcières qu'ils ont lancé contre les aléateurs. Que puis-je faire ? Aude et Stéphane m'ont dit d'attendre ce soir, pour voir leur amie de la police. Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Cependant, ne rien faire serait pire que tout. J'ai essayé de me distraire. La télévision passe en boucle des spots publicitaires sur les élections, la radio ne cesse de commenter les mesures anti-aléateurs. Pierre m'a convaincu qu'il valait mieux que je ne sorte pas, au moins jusqu'à ce que nous ayons rencontré cette Cécilia.

Car c'est elle que nous sommes en train d'attendre, elle a cinq minutes de retard, la table est déjà mise.

On sonne à la porte.

« Bonjour ! Désolée d'être en retard, vous savez comme ils sont chiants en ce moment... les barrages, tout ça... Comment ça va ? »

Une jeune femme, bien habillée dans un tailleur gris, sourit à Stéphane et Aude. Ces derniers nous présentent. Nous allons nous asseoir, et conformément à la demande de Stéphane, je ne dis rien sur mon problème, attendant qu'il oriente dessus la conversation.

Pendant la plus grande partie du repas, nous parlons de tout et de rien, un peu de politique – comment faire autrement ? – plaisantons, jusqu'au café.

« Bon, Cécilia, se lance Stéphane. Comme nous tous, tu es au courant de ce qui se passe vis à vis des aléateurs... »

Le silence se fait. Je devine Cécilia tout à coup bien plus tendue.

« Oui, bien sûr, j'ai entendu ça aux infos... c'est électoral ; ça ne concerne pas du tout mon service, tu sais... »

Elle se rend bien compte que tout le monde la regarde. Elle saisit sa tasse pour reprendre contenance, mais tremble, et renverse un peu de café sur son tailleur. Et comme si de rien n'était, elle dissimule cela, et fait croire qu'elle n'a pas tremblé, et que rien n'est arrivé. Elle a fait ça avec tellement de naturel et d'assurance, qu'il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte : elle est une aléatrice !

Je me lève, doucement, réponds d'un signe « tout va bien » aux regards interrogateurs, et me dirige vers la fenêtre.

Jamais je n'aurais songé dissimuler une quelconque maladresse par une illusion. Je n'avais jamais pensé à cette possibilité. Mais il semblerait que cette Cécilia soit suffisamment complexée vis à vis des autres qu'elle ait pris cette habitude, car ça ne pouvait être qu'une habitude.

Et second constat : elle a parlé de barrages, ce qui l'aurait mise en retard pour venir. Mais si elle est aléatrice, qu'elle travaille dans la police, et qu'elle ne se fait pas arrêter aux barrages, c'est qu'elle est forcément de mèche avec les forces de l'ordre. Il est très probable que le ministre de l'intérieur ait fait examiner tous ses employés avant de faire son annonce tonitruante.

Je ferme les rideaux, de toute façon, il fait nuit. D'un pas tout à fait calme, je vais vers la porte d'entrée. Puis je me retourne vers la table.

La discussion continue, sans importance. Stéphane tente d'extorquer quelques renseignements supplémentaires, mais Cécilia se terre derrière un mur de banalités. Pierre me regarde faire mon manège. Je vais me placer derrière la chaise de Cécilia.

« Cécilia, j'interromps. Vous êtes une aléatrice. Vous savez beaucoup de choses sur ce qui se passe en ce moment vis à vis de vos semblables. Pourriez-vous, s'il vous plaît, nous en parler ? »

Tout le monde se tait, Stéphane et Aude me jettent des regards étonnés.

Cécilia reste muette. Je songe à la menacer d'une arme d'illusion, mais je me souviens à temps que ce serait inutile : elle se rendrait compte de la supercherie.

« Cécilia ?

— C'est stupide, me crache-t-elle. Vous mentez !

— Il y a une tâche de café sur votre tailleur. Vous êtes une aléatrice qui travaille pour la police. Comment est-ce possible ? Je suppose que vos supérieurs sont au courant de votre état.

— Je n'ai rien à vous dire.

— Écoutez, je reprends, je ne vous demande pas grand chose. Vous nous expliquez ce dont vous êtes au courant, et c'est tout.

— Vous êtes des aléateurs, tous les deux, c'est ça ? lance-t-elle en désignant Pierre et moi. Vous voulez vous enfuir ? Je ne peux rien vous dire. Je... je vais m'en aller. »

Elle saisit son sac, s'essuie les mains avec sa serviette, et recule sa chaise. Je pose mes mains sur ses épaules, doucement.

« Restez un instant, s'il vous plaît. Avant tout, sachez que Pierre n'est pas du tout aléateur, laissez-le en dehors de ça. Je suis seule à être concernée. Je suppose que vous n'avez pas eu le choix, pas vrai ? On vous a demandé de collaborer, on vous a menacé. Vous allez être obligée de me dénoncer, n'est-ce pas ? Je ne vous en voudrai pas. Restez un peu, parlez-nous, et après vous partirez, et moi en même temps. »

Elle se rassoie, mais ne lâche pas pour autant son sac.

« Avant tout, je n'ai jamais rien fait de mal, commence-t-elle. Il y en a qui trichent, qui volent, qui trompent. J'ai toujours essayé de vivre comme quelqu'un de normal, moi. J'ai eu mon travail comme n'importe qui, en passant les concours. J'ai travaillé pendant quelques années à l'administratif, à l'accueil, tout allait bien. Je crois que c'est lors d'une visite médicale, de la médecine du travail, qu'ils ont découvert que j'étais aléatrice.

« Un jour, ils m'ont demandé de venir les trouver dans un bureau. Ils m'ont expliqué qu'ils savaient que j'étais une aléatrice. Ils ont sorti des papiers, et m'ont expliqué que ça allait à l'encontre d'une clause de mon contrat de travail, un truc qui disait que je ne devais rien dissimuler, ou quelque chose comme ça. Ils m'ont dit qu'une loi allait bientôt interdire les aléateurs, et qu'ils allaient d'abord m'enfermer pour “faute grave dans l'exercice de fonctions du maintien de l'ordre”, et qu'après ils pourraient me condamner de part leur nouvelle loi. Ensuite, ils ont ajouté : “il y a peut-être une autre solution”.

« L'autre solution, c'est que je dois les aider à faire en sorte que les aléateurs ne les trompent pas. Lors des interrogatoires des aléateurs, il y a toujours deux aléateurs de la police, qui doivent transmettre un rapport écrit sur tout ce qui s'est dit, mais aussi sur tout ce qui s'est passé de... d'anormal. Et bien sûr, il faut que les deux rapports concordent. On ne peut rien faire. On est piégé, tous. Ça ne plaît à personne, mais on ne peut rien faire.

— Et vous n'avez pas songé à fuir ? demande Pierre.

— Comment ? Pour aller où ? Ils me retrouveront. J'ai deux collègues qui ont disparus, à peu près au moment où ils m'ont forcée à les aider. J'en ai revu un, lors d'un interrogatoire. Il était... c'était pas beau à voir... »

Elle se tait. Personne ne parle.

« Je... il faut que j'y aille, maintenant. »

Elle se lève. Je la laisse. Elle saisit sa veste.

« Je... je suis désolée. Je vais être obligée d'en parler. Ils surveillent tous ceux comme moi... Je... je suis désolée.

— De toute façon, Pierre et moi allons partir, je la rassure. Si vous pouviez faire quelque chose pour Aude et Stéphane...

— Je dirai que je pense qu'ils n'étaient pas au courant. Que c'est moi qui vous ai vu faire quelque chose. Je... adieu. »

Elle s'en va.

Pierre a déjà mis son manteau, et me tend le mien. Je prend mon sac. Nous saluons brièvement Stéphane et Aude.

« Et surtout, ne faites rien de stupide pour nous aider, j'ajoute. Non seulement c'est pas sûr que ça marche, mais en plus vous n'avez pas besoin d'ennuis supplémentaires.

— Personne n'a besoin d'ennuis supplémentaires, me répond Aude, mais on en a quand même. »

Nous descendons sur la placette, et ressortons dans les rues de la ville.

La nuit est claire, les réverbères éclairent. Des étoiles filantes électriques s'accrochent aux murs, entre les pères Noël rouges et blancs. Nous marchons d'un pas pressé devant les devantures mortes des boutiques. Par endroit, des commerçants ont laissé une enseigne allumée. Les entrées des cinémas forment des hallos de lumière sur les trottoirs.

« Où allons nous ? » me demande Pierre.

J'avais pris machinalement la direction de la gare. Je ralentis le pas, indécise sur la destination.

« Nous allons vers la gare. Je ne vois pas tellement d'autre choix.

— Et les contrôles ?

— Il y en a partout. On prendra des petits trains, qui passent dans des patelins paumés. Avec un peu de chance, ils n'ont pas encore déployé les moyens suffisants pour contrôler tout le monde, tout le temps. »

Nous reprenons notre marche.

© 2006, Florian Birée. Tous droits réservés.

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